Pauvres et pèlerins…

 

La pratique du pèlerinage lointain subit également à l’époque moderne une critique très vive de la part des États ou des municipalités, dans le contexte d’un changement d’attitude face aux pauvres. Les mendiants et les vagabonds, qui en période de crise économique ou de cherté du prix du pain se déversent dans les campagnes et les villes, sont de plus en plus considérés comme des indésirables. Les législations se multiplient alors pour encadrer et endiguer ce paupérisme, voire le masquer lorsqu’il est trop important. Il en résulte un changement de mentalités face aux pauvres.

Saint Benoît-Joseph Labre, pèlerin et vagabond volontaire du 18e s. Tableau anonyme, églised’Erin

La pauvreté n’est plus perçue comme signe d’élection de Jésus-Christ. Au contraire, elle fait l’objet d’une répression plus ou moins forte selon la conjoncture. Dès lors, tout autant que la mendicité par un processus d’amalgame, c’est la mobilité qui inquiète les autorités. À leurs yeux, le pèlerin finit par être assimilé aux chemineaux et aux quémandeurs. En France et en Espagne, au 18e siècle, se développe alors une législation restrictive pour encadrer les déplacements de ces pèlerins soupçonnés d’être en rupture avec leur famille ou la société, ne voulant plus reconnaître dans le pèlerinage une quête spirituelle.

Saint Jacques en habit de pèlerin, détail d’un retable ancien, Ardennes française, chêne polychrome, 16e et 20e s. (Coll. privé, photo © M. Burton)

Est-ce la fin de la démarche pèlerine ? Assurément, non, car si le pèlerinage lointain est devenu suspect pour les notables, le pèlerinage de proximité, lui, est plus consensuel. Les autorités ecclésiastiques et civiles l’approuvent et l’encouragent, tout en veillant à encadrer les éventuels excès de dévotion populaire.

Saint Roch, hêtre, 19e s. (Coll. Paroisse de Bouvignes, photo © M. Burton)

Pèlerinages régionaux