Le voyage d’une vie : l’histoire de Jean de Tournai

 

Marchand fortuné de Valenciennes, Jean de Tournai, âgé d’une cinquantaine d’années, réalise son rêve d’adolescent : effectuer un pèlerinage jusqu’à Rome, Jérusalem et Compostelle. Ce périple s’étend du 25 février 1488 au 7 mars 1489. Durant tout ce temps, Jean prend la peine d’écrire ce qu’il vit, ressent, pense… 

Jean est aisé et peut donc se permettre un voyage relativement confortable. Il se déplace beaucoup à cheval et se trouve rarement seul. Il préfère, pour des raisons de sécurité, « chevaucher en compagnons », c’est-à-dire en groupe. Le pèlerinage demeure une aventure qui, comme tout voyage, comprend sa part de dangers. Jean souffre des chemins difficiles, du grand froid, des inondations ou encore de chutes de cheval. Il est fort marqué par la mort de certains pèlerins, l’abandon de corps dans le désert et la cérémonie de l’inhumation.

Les pèlerins les plus aisés se déplacent à cheval, comme ici Geoffrey Chaucer. Celui-ci est l’auteur des « Contes de Canterbury », un ensemble d’histoires racontées par un groupe de pèlerins voyageant vers cette ville anglaise (Geoffrey Chaucer, Contes de Canterbury, début du 15e s. Bibliothèque Huntington de San Marino, Californie, Manuscrit Ellesmere, EL 26 C 9. Photo © Pictorial Press Ltd / Alamy Banque D’Images)

De nature curieuse et désireux de comprendre ce qui lui est inconnu, Jean s’intéresse aux lieux qu’il visite et aux gens qu’il rencontre, y compris ceux dont il ne partage pas la religion ou les coutumes, ou ceux dont le travail l’impressionne. Il n’apprécie pas la manière de prier des « Maures et des Sarrasins » et tente de corriger un Grec qui ne fait pas le signe de la croix comme lui. À Bologne, il s’étonne de voir un prêtre catholique officier le visage tourné vers les fidèles… Tout au long du chemin, il ne manque pas une occasion de s’incliner devant de saintes reliques, ni de rapporter l’un ou l’autre récit miraculeux.

Couverture du livre « Le voyage de Jean de Tournai », paru en 2012 (Photo © MPMM)

L’Espagne ne lui laisse pas un excellent souvenir. Compostelle est une ville sale ; des chaussures qu’il achète à León le blessent profondément ; il se venge du mauvais accueil d’un aubergiste en urinant sur son lit ; il n’apprécie pas la façon dont les viandes sont cuites et dont on boit le vin, tous dans le même verre, et conseille d’emporter son propre gobelet… Sur le chemin du retour, il doit faire face à la neige dans laquelle il enfonce son bourdon pour repérer les bornes, des « monjoies ». Sans que cela n’ébranle sa foi, ce voyage de retour est aussi l’occasion d’une réflexion critique, sur l’authenticité des très nombreux corps saints vus au long de son périple…

Père Jean-Louis de Saint-Joseph