Pardonnez-nous nos offenses…

 

Entreprendre un pèlerinage ne relève pas toujours d’un choix. Les reliques ont un rôle important dans la société médiévale, y compris dans le domaine judiciaire. Ce sont fréquemment sur elles, ou sur les Evangiles, que sont prêtés les serments. Le pèlerinage judiciaire, « de repentance » ou encore « d’expiation », est une peine fréquemment infligée par les pouvoirs laïques et ecclésiastiques, pour des crimes d’importance, tels que rébellion, incendie ou meurtre.

Tombeau supposé de saint Barnabé, creusé dans la roche à proximité du monastère Saint-Barnabé fondé au 5e s. (Photo © imageBROKER / Alamy Banque D’Images)

En septembre 1313 par exemple, le comte Jean Ier de Namur prévoit, dans une sentence de rentrée en grâce de la ville de Namur qui s’était rebellée contre lui, de choisir 60 Namurois qui seront envoyés à Saint-Jacques de Compostelle. En mai 1369, le comte Guillaume Ier pardonne deux frères, du nom de Bertinchamps, pour l’incendie d’une maison à Traulée, entre Charleroi et Nivelles. Mais en contrepartie, ils devront effectuer un pèlerinage à Chypre et un autre à Saint-Jacques. Chypre, « l’île des saints », est notamment célèbre pour le tombeau de son saint patron, l’apôtre Barnabé. En juillet 1394, les représentants du comte Guillaume II condamnent un Namurois à faire également un pèlerinage à Chypre, mais aussi à « Saint-Nicolas de Bar » (Basilique San Nicola de Bari, en Italie), Saint-Jacques de Compostelle, Rocamadour et « Sainte Larme de Vendôme » (Abbaye de la Trinité de Vendôme, en France, où se trouvait conservée une relique d’une larme du Christ), pour avoir fait tuer un certain « Thirion le Puissant ».

Façade de la basilique mineure de San Nicola de Bari dans les Pouilles, construite aux 11e et 12e s. (Photo © Joaquin Corbalan pastor / Alamy Banque D’Images)

Ce type de voyage expiatoire est pratiqué dès le haut Moyen Âge et connaît un succès particulier aux 13e et 14e siècles. Les pèlerins pénitents sont généralement pauvrement vêtus et voyagent pieds nus. Certains sont enchaînés, aux bras ou aux jambes.

Jean de Tournai