Le pèlerinage à Rome du Père Jean-Louis de Saint-Joseph

 

En 1670, le Père Jean-Louis de Saint-Joseph, carme déchaussé de la province wallonne est désigné pour accompagner le provincial au chapitre général de l’ordre qui doit se tenir à Rome en avril 1671. Au retour de ce long périple de plus de 3200 kilomètres, il consigne le récit de ce qui demeure une véritable aventure, avec beaucoup de détails et de truculences.

Né en 1612 dans les Pays-Bas espagnols, à Saint-Omer, Nicolas Brigode fait profession religieuse à 18 ans et prend le nom de Jean-Louis de Saint-Joseph. Sa vie témoigne d’une assez grande mobilité. Mentionné en 1633 à Bruxelles, il réside à Namur lorsqu’il doit faire – à 58 ans – le voyage à Rome. Pour se préparer, pour affermir sa santé, nous confie-t-il, il réside d’abord à Douai qui est le point de départ du long périple. Avec deux compagnons, il part pour Paris, via Arras, le 30 janvier 1671. Neuf semaines plus tard, après être passés par Lyon, Turin, Milan, Bologne et Florence, ils arrivent le 4 avril à Rome où ils séjournent plus d’un mois. Pour le retour, ils empruntent une route différente, via Lorette, Venise, Trente, Innsbruck, Augsbourg, Francfort et Cologne, pour arriver à Liège le 24 juin, après sept semaines de voyage.

Le récit du Père Jean-Louis souligne la variété des moyens de transport utilisés : carrosses, chevaux, chaises à porteur (pour franchir les Alpes), embarcations de différentes tailles et, bien évidemment, la marche à pied, alternant déplacements et repos parfois forcés à la suite de ruptures d’essieu ou de roues, de chutes de cheval ou de grande fatigue.

Le voyage est une entreprise collective. Le carme révèle la confrontation avec les autres voyageurs, la promiscuité engendrant des disputes régulières. Auteur d’un véritable Guide du routard, il livre ses appréciations sur la qualité du couchage, de la nourriture et de la boisson, les prix pratiqués dans les auberges ou l’accueil dans les couvents. Source d’épreuves, le voyage donne aussi de nombreuses satisfactions ou de joies. Le voyageur devient pèlerin en décrivant ses centres d’intérêts principaux : les édifices religieux rencontrés, les reliques vénérées, son admiration pour la Ville éternelle. Mêlant gravité et facétie, il raconte ses quatre entrevues avec le pape Clément X.

Pour son journal de voyage rédigé en 1672, le Père Jean-Louis mobilise ses souvenirs, de très probables notes de voyage, mais aussi toute une documentation livresque (récits ou guides de pèlerinages imprimés). Il n’en demeure pas moins qu’il nous livre un ouvrage personnel (portant aussi ses préjugés sur les femmes, les Turcs, les Huguenots et les Juifs), dont le but est, semble-t-il plus de divertir ses confrères au couvent que de les édifier sur le plan moral et spirituel, ce qui est assez exceptionnel pour l’époque.

Lambert Melau